« Brest 2008, des fêtes nouvelles génération | Page d'accueil

10.10.2006

les veterans des essais nucléaires

:
Le douloureux combat des vétérans des essais nucléaires


Ils ont servi, on s’en est servi, et la France les oublie.

Eux, les anciens jeunes des expérimentations nucléaires en Polynésie. Aujourd’hui regroupés en association, ils essaient de faire entendre leur douleur et leur colère; douleur parce que de nombreux vétérans sont prématurément décédés dans l’indifférence générale, d’autres souffrent de graves maladies radio induites reconnues dans tous les pays occidentaux sauf la France, colère parce que l’Etat français ne reconnaît pas cette réalité; les veuves et les orphelins ont été abandonnés, désemparés, sans soutien et sans ressources. Pire, après s’être caché derrière le secret défense, un autre postulat se dessine : l’infaillibilité des chefs!! Il n’y a pas eu d’erreur, pas de faute, les essais nucléaires furent propres et inoffensifs.

Un récent témoignage paru dans la presse locale, donne la dimension humaine du drame vécu par certains de ces marins de Polynésie; ils ne veulent pas de compassion, mais la vérité; la France leur doit cette vérité depuis 40 ans : ils ont certes signé pour servir la Patrie, mais pas signé un arrêt de mort à petit feu sans reconnaissance.

Fille de militaire (n° 4 des nageurs de combats français), femme de médecin militaire, j’ai partagé les moments forts de la vie de famille de militaires, départ, patrouille, tld, déménagement, déracinement, outre mer, retour. Nous n’avons pas des vies ordinaires, mais nous ne sommes pas pour autant des citoyens de deuxième ordre.

Aujourd’hui, je m’étonne qu’aucun parti politique n’ait mis un point d’honneur à faire la lumière sur cette affaire; je m’étonne aussi que le « nouveau statut général des militaires » n’ait pas déclenché de débat passionné à l’assemblée nationale; tout s’est passé dans un consensus mou, chaque parti ayant accepté, sans croiser le fer, que le militaire reste « à part » : pas de droit d’association, pas d’organisations professionnelles spécifiques, pas de possibilités de bénéficier des dispositions du code du travail (maladies professionnelles, présomption d’imputabilité au service..) etc.….

 La prise de risques est réservée aux bons militaires! Les vétérans en sont un bel et triste exemple.

Les politiques eux, ne prennent que celui de se cacher derrière un manque de courage honteux ; quant aux « artistes », ils envisagent de chanter dans la sinistre cathédrale amiantée du Clemenceau pour les fêtes nautiques de Brest 2008!!! Quel manque de décence!

Les chants s’envoleront et l’amiante restera….dans leurs poumons.
Le nuage nucléaire n’était pas un mirage, aujourd’hui des hommes souffrent.

Il y a entre les vétérans des essais nucléaires et les victimes de l’amiante le même désespoir et des dégâts énormes.
Cependant, les victimes de l’amiante ont déjà un début de solutionne ment certes imparfait mais beaucoup d’entre eux sont déjà indemnisés.
Les militaires des essais nucléaires n’ont à ce jour pas l’ombre d’un début de reconnaissance. Pourtant une proposition de loi (30/25), déposée par Mme Taubira existe et sa lecture à l’assemblée nationale serait un premier pas
Soyons solidaires parce que nous sommes tous liés de près ou de loin à la Royale, aux ateliers de l’Arsenal et apportons un soutien actif en multipliant des démarches auprès de nos conseillers régionaux, députés de la commission Défense, sénateurs, toutes tendances confondues car l’oubli et le jeu contre la montre ne sont pas dignes de notre pays. Encore qu’à l’heure de la sortie d »indigènes », on doit se poser des questions sur la reconnaissance envers celles et ceux qui ont servi « la mère patrie ». Mais, grâce à l‘émotion de Mme Chirac, leur condition sera revue à la hausse!!
Quand aux victimes locales des essais en Polynésie, leur détresse suscite des réactions.
Et chez nous, chez les vétérans qui ont porté haut le drapeau français? Qui prendra fait et cause pour une reconnaissance des préjudices subits? Pour une indemnisation proportionnelle aux dégats constatés??. .
La dissuasion était une initiative gaulliste, les réparations restent une initiative à prendre.

Commentaires

Environ 150 000 personnes ont participé aux essais nucléaires entre 1960 et 1996, au Sahara puis en Polynésie: travailleurs locaux, civils du CEA ou militaires, appelés ou de carrière de toutes les armes. Les marins furent souvent en première ligne, à proximité immédiate du point d'impact. Ils étaient les premiers à effectuer les constats et les mesures après chaque tir. Il faut mentionner les corps sédentaires de la Direction du port, chargés des opérations de mouillages /amarrages, qui ont payé un lourd tribut. Leurs veuves, ces femmes admirables de courage et d'humilité, sont nombreuses dans le Finistère. Leur récit mériterait largement un reportage ou un film, mais elles ont la dignité de refuser de jouer un rôle. car la réalité de leur malheur, dépasse la fiction. Leur souffrance est muette....pour ne pas déranger. Des orphelins sont restés traumatisés. C'est un drame humain qui s'est produit sous les cocotiers....étoufé par le fameux secret défense, malgré les affirmations courageuses de l'amiral Antoine Sanguinetti qui commandait le Clemenceau en 1968.

Leur silence, donne à penser que les civils ont obtenu réparation ou bien qu'ils étaient mieux placés/protégés que les marins. Les populations locales, soutenues par le nouveau gouvernement polynésien, exigent réparation. Une mission conduite par le responsable sûreté nucléaire Défense, M Jurien de la Gravière, est sur place, dans les atolls. Il reste donc les militaires, disciplinés, mal informés, peu revendicatifs, peu ou mal représentés par de gentillettes amicales style "arbre de Noël" et que le statut voté en mars 2005 maintient toujours, dans un couloir obscur, isolés/coupés des autres citoyens. A part en somme! Les maladies professionnelles ne leur sont pas reconnues! Certains ont le courage de se pourvoir devant le tribunal des pensions d'invalidité mais ils doivent présenter des preuves difficiles à rassembler 30 ans après les faits. Pire encore, le commissaire du gouvernement fait systématiquement appel de toute décision favorable rendue en premier ressort. Quel acharnement!

Comment persister à nier le problème alors que de nombreux députés ont signé une proposition de loi ( Taubira n° 3025 du 12 avil 2006) et que des sénateurs ont demandé une commission d'enquête en séance du 9 mars 2006? Nos représentants ne sont pas stupides au point de s'engager derrière un mirage ou un leurre! Dès lors, on peut se demander pourquoi, cette proposition de loi ne vient-elle pas en discussion à l'Assemblée nationale? Qui fait obstruction? Pour quelles raisons inavouables?
C'es questions, l'association ANVVEN, qui regroupe des vétérans victimes des essais nucléaires, se propose de les poser aux candidats à la présidentielle et aussi aux candidats députés de juin 2007, si possible en réunion publique et dans la presse. Ainsi, les nombreux vétérans, veuves et orphelins du Finistère (et des autres départements) seront informés avant de faire leur choix.
P Marhic
président de l'ANVVEN

Ecrit par : Marhic | 14.10.2006